Les Documentaires politiques

Nous avons voulu innover, pour cette deuxième année, en offrant une place toute particulière aux documentaires, tant il est vrai que bien souvent la réalité dépasse la fiction ! Au menu : Russes, juifs, trotskystes, racailles… et pour couronner le tout la formidable Simone Veil.

Soyez doublement vigilants car c’est vous les festivaliers qui élirez le meilleur doc du Festival !

Dans Deux ou trois choses qu’elle nous dit d’elle (1976) de Jean-Émile Jeannesson, on retrouve une Simone Veil ministre qui se livrait pour la première fois à l’exercice de la longue interview, ne cachant rien, même les plus vives douleurs de son histoire, avec ce charme indéfinissable, cette classe venue d’un autre temps. C’est sans doute pour cela que ses fils Jean et Pierre-François Veil – qui nous feront l’honneur de présenter ce documentaire – l’ont choisi, et nous avec, parce qu’il aurait été impensable que le Festival du Film Politique ne rende pas hommage à notre égérie «panthéonisée», dont l’œuvre dépasse largement la politique stricto sensu.

Avec Un continent derrière Poutine ? (2018), la journaliste Anne Nivat n’a pas signé un brûlot anti-Poutine. Non qu’elle craigne spécialement le thé au polonium 210 (!) mais son désir était d’écouter le peuple russe qui a porté Poutine au pouvoir, et semble bien résolu à le réélire à chaque fois qu’il se représentera… De la Sibérie orientale à la Russie «européenne» elle trace sa route et démonte les ressorts qui ont fait de ce terne apparatchik des 80’s issu du KGB l’équivalent d’un moderne Pierre le Grand – tout au moins dans la tête d’une majorité de ses concitoyens… Bref, comme elle le dit elle-même, elle a voulu « faire œuvre de curiosité attentive et bienveillante en exposant le bouillonnement d’une société complexe et si attachante ».

C’est parti de Camille de Casabianca (2010) raconte, vu de l’intérieur, comment la Ligue Communiste Révolutionnaire mua en Nouveau Parti Anticapitaliste. Alain Krivine disparaissant au profit d’Olivier Besancenot, qui lui-même laissera la place à Philippe Poutou. Trois trotskystes purs et durs qui abhorrent la «pipolisation» de la vie politique mais sont bien obligés de jouer avec ses codes… La méthode de narration, très moderne (pas de voix off pseudo-journalistique, pas de chapitrage, pas de présentations…) est celle – avant l’heure – des POLITIQUES Par Karl Zéro séries documentaires de Netflix, et permet de se sentir véritablement « dans la peau » d’un membre du NPA confronté au dépoussiérage nécessaire de son idéologie issue de mai 68…

Pour évoquer Pourquoi nous détestent-ils, nous les juifs ? (2016) d’Alexandre Amiel, laissons la parole à ce producteur – et journaliste – excellent (en plus il est issu du « Vrai Journal » de Canal+, c’est dire !) :
« Juste après les attentats de janvier 2015 de l’Hyper Casher et de Charlie Hebdo, mon fils est rentré de l’école et est venu me dire : «Papa, pourquoi est-ce qu’ils nous détestent ?» Alors, je lui ai dit : «personne ne nous déteste». Et il me dit : «si papa, les gens détestent les juifs». Alors, je lui dis : «les gens ne détestent pas spécialement les juifs». Il me dit : « tu ne regardes pas la télé ? Coulibaly, Merah… Viens, on va vivre à Londres !«. Et là je me suis dit qu’il fallait peut-être que je lui raconte autre chose… »

Caïd d’Ange Basterga (2017) est certes un doc, mais différent : à mi-chemin entre réalité et fiction. C’est un « film-guérilla », pris sur le vif, tourné à l’arrache. Tony, rappeur de la scène underground à Marseille, est aussi « à ses heures perdues » le caïd d’un quartier défavorisé où le trafic de drogue règne en maître. Ange Basterga a réussi à convaincre cet homme aux deux visages de le suivre H24 caméra au poing, pendant sept jours. Immersion dans un business sous haute tension. Guerre de clans, pressions de la BAC, luttes incessante au sein du gang… Pris entre deux feux, le journaliste va-t-il se brûler les ailes ?

« Cerise sur le gâteau », voici Patrick Balkany, maire de Levallois-Perret depuis plus de 30 ans, héros (in)volontaire de « Mes amis, mes affaires, mes emmerdes » un doc « coup de poing » signé par l’agence de presse Tony Comiti. Au printemps prochain, Balkany risque lourd, 10 ans de prison ferme : il devra répondre devant la justice de blanchiment de fraude fiscale, corruption et prise illégale d’intérêt. Il est soupçonné, notamment, d’avoir touché plusieurs millions d’euros sur des opérations immobilières frauduleuses. Avec cet argent, en compagnie de sa femme Isabelle, il aurait mené grand train, acheté des villas luxueuses à Marrakech et à Saint-Martin. Le film joue sur les très nombreuses archives filmées tout au long de sa carrière, fait parler ceux qui partagent l’intimité de Patrick et Isabelle Balkany, et connaissent leur sens de la famille, leur goût pour le luxe et pour la fête. Mais d’anciens collaborateurs, comme Didier Schuller, dénoncent avec véhémence le système Balkany. Et le maire de Levallois, qui se sait menacé, dit évidemment sa vérité…