Le Festival

Le mot des fondateurs du Festival du Film Politique.

Monter ex-nihilo ce premier Festival du Film Politique à Porto-Vecchio était pour nous une double évidence et pour tous les autres… un double défi.

Il est évident qu’il existe depuis toujours un cinéma politique, qu’il s’agit d’un genre noble à part entière, et que même si – curieusement – personne n’a encore songé à le célébrer, il faut l’encourager. On nous rétorqua, de façon fort alambiquée, dans un savoureux volapük pseudo-philosophique que nous faisions fausse route: « Le cinéma politique n’est pas un genre cinématographique comme le western. Le film politique ne renvoie pas au genre du cinéma politique parce qu’il ne demande pas pour produire son effet la reconnaissance par le spectateur du genre auquel il appartient mais, au contraire, il demande au spectateur de croire à un cinéma qui, pour une fois, le renvoie à la réalité de sa propre vie, de sa propre existence et présence dans le monde. » Passé un temps, celui de tenter de comprendre, passé l’effroi de cette terrible nouvelle, la non-existence de notre genre cinématographique favori, auquel nous voulions dédier un festival, nous ne renonçâmes pas, loin de là. Car nous sentions que du haut du ciel, Jean Gabin – inoubliable Président dans le film de Verneuil –  était avec nous, et qu’avec lui ici-bas tous les réalisateurs, comédiennes et comédiens qui portent chaque année la politique et le sociétal à l’écran seraient ravis d’une telle initiative. Dieu sait s’ils sont nombreux !

Fort de notre certitude de l’existence d’un cinéma politique florissant,nous eûmes l’idée de proposer aux Corses – peuple ouvert à la chose politique s’il en est – de l’accueillir sur sa terre. Deux d’entre nous sont Corses, deux ne le sont pas, mais nous avons tous la Corse dans le coeur, et nous savions pour l’avoir vécu si souvent qu’un débat politique entamé avec des Corses à l’apéritif du déjeuner se termine bien souvent au delà du digestif du diner…Là encore, nous fûmes surpris des réactions de certains parisiens. Un tel thème dans un tel lieu les tétanisaient d’emblée: Un Festival Politique? En Corse? Ah… vous n’avez peur de rien ! Cette mise-en-garde absurde, cette réaction infondée nous fit bien rire, et acheva de nous convaincre que c’était impérativement ici qu’il fallait créer, ce festival, pour donner tort à tous ceux qui parlent sans savoir ni connaître. La Corse sait donner le « La » quand il le faut, en politique comme dans tant d’autres domaines, et c’est Porto – Vecchio qui va enfin donner ses lettres de noblesse au cinéma politique.

Enfin, de même qu’en démocratie parler politique n’est pas réservé à ceux qui en font et qui en vivent, nous voulions un jury qui ne soit pas composé que de professionnels de la profession (du cinéma) comme disait Godard. Nous tenions à ce que des femmes et des hommes politiques de tous bords soient membres de ce jury, afin qu’ils puissent nous dire ce qu’ils pensent de la façon dont on les décrit sur grand écran. Elles et ils ont répondus présents à notre appel, elles et ils ont été pour une fois spectateurs, et commentateurs des oeuvres qu’elles et ils ont inspirés: en cela notre Festival du Film Politique était déjà un pari tenu.

Karl Zéro et Daisy d’Errata. Jérôme Paoli et Anne-Catherine Mendez